Témoins
Le pénitencier des marmailles en péril
CLICANOO.COM | Publié le 7 octobre 2007
Pascale Moignoux espérait faire de « Graine de Bagnard : roman d’une enfance sacrifiée à l’îlette à Guillaume » le détonateur de la réhabilitation du site. Mais son abandon perdure.
Au XIXe siècle et plus particulièrement sous le Second-Empire, les colonies pénitentiaires pour enfants pullulent dans la France entière. La Réunion n’échappe pas à la règle et deux établissements sont successivement dévolus au redressement de la jeunesse dite délinquante : le pénitencier de la Providence à Saint-Denis et celui de l’îlet à Guillaume en amont du chef-lieu.
Si leurs histoires respectives sont moins longues et moins dramatiques que celles de leurs homologues de métropole, elles restent marquées de nos jours par le même oubli et la même amnésie. Aujourd’hui, ces sites à l’abandon méritent d’être réhabilités, quoiqu’en fait de réhabilitation, on serait presque tenté de parler de sauvetage.
Fermés par arrêtés préfectoraux, donc non sécurisés, les deux sentiers d’accès à l’îlet à Guillaume sont quasi-impraticables. Celui taillé à flanc de falaise par les jeunes détenus est régulièrement coupé par les éboulements et effondrements de terrain, tandis que celui qui part du kiosque de la plaine d’Affouches fait encourir les mêmes risques de chutes de pierres. Quant au plateau lui-même, il est dans un abandon total ; sa zone de bivouac est régulièrement saccagée, vandalisée et polluée, mettant en danger les derniers vestiges d’un établissement qui aura connu jusqu’à 240 "marmailles-bagnards".
Bien difficile de distinguer les magnifiques plantations des religieux qui avaient la direction de l’établissement ! Les pestes végétales envahissent et étouffent tout. Impossible d’accéder à la petite chapelle ; les fantastiques murs d’enceinte menacent de tomber ; le lavoir et le bassin fontaine se comblent petit à petit, et surtout, le cimetière des enfants décédés en ce lieu (souvent de mort horrible) est laissé dans un abandon scandaleux, avec des tombes anonymes recouvertes de végétaux et de bois desséchés.
Abandon scandaleux
En 1999, à l’initiative de l’ONF, un projet de réhabilitation a été proposé au département et à la ville de Saint-Denis. Projet mort-né, puisqu’aucun élu de l’époque ne l’a soutenu. Depuis le début de cette année 2007, une nouvelle impulsion semble être donnée par le préfet Pierre-Henry Maccioni. Lors de l’inauguration des nouveaux locaux de la Diren (installée dans l’ancienne école professionnelle de la Providence), en juillet dernier, il a affirmé sa volonté de sauver le site de l’îlet à Guillaume par une procédure de protection au titre des monuments historiques. Cette protection devrait être suivie par des travaux de sécurisation des sentiers, un nettoyage du plateau et la mise en valeur des vestiges subsistants.
Or, cette mise en valeur de l’îlet ne peut se réaliser que par l’implication et l’union d’acteurs aussi divers que la préfecture, l’ONF, la Drac, le département (propriétaire du site), la ville de Saint-Denis, la région, le diocèse, la Congrégation du Saint-Esprit (historiquement propriétaire du pénitencier), l’Université, voire le secteur privé par le biais de mécénats. Bref, un nombre considérable de partenaires dont les objectifs respectifs ne sont pas forcément en parfaite adéquation.
Si la volonté du Réunionnais de naissance qu’est le préfet est incontestablement ferme et déterminée, si les implications positives de la Drac et de l’ONF semblent garanties, un flou certain règne sur les positions des différentes collectivités. Il serait pourtant aberrant que les représentants du peuple constituent le principal frein à la protection du patrimoine et à la réhabilitation de l’histoire de notre île !
Le grand succès rencontré par le roman « Graine de Bagnard » contribue indéniablement à la restauration de la mémoire des petits bagnards. La signature par son éditeur, Christian Vittori, d’un contrat d’adaptation audiovisuelle du roman avec la société Scribe-Production à Paris en juillet dernier confortera cet ancrage dans la mémoire collective. Pour autant, les efforts individuels ne peuvent se substituer à une volonté et un élan collectif.
Le lazaret en cours de réhabilitation
En charge depuis trois ans du projet de restauration du lazaret I de la Grande-Chaloupe, le CHAM (Chantier histoire et architecture médiévales) a démarré les travaux en novembre 2004, avec la participation des habitants de la localité.
Un courrier de lecteurs de Françoise Vergès, Carpanin Marimoutou et Brigittre Croizier-Langenier a récemment provoqué une inquiétude et jeté un flou autour de ce qui se faisait sur le site. Pour dissiper cette situation, le Cham informe que des visites commentées (gratuites) du chantier-école sont proposées, à la demande et qu’un public scolaire (Sainte-Marie, le Chaudron, la Possession) est aussi associé à la restauration à travers des classes patrimoines. Une formation aux techniques de tailles de pierres et de construction traditionnel (à base de chaux et de sable sur la base des techniques employées dans la seconde partie du XIXe siècle) a lieu.
• Pour contact : Laurent Hoarau, administrateur-bénévole du CHAM, tél. 06.92-77.06.05.